Des étudiants manifestent à Paris, le 5 octobre 2026 ( AFP / LOU BENOIST )
A la veille d'un acte III du mouvement lycéen auquel se joindront mardi des syndicats, la mobilisation est restée forte lundi en France avec des centaines d'établissements fermés et plusieurs incidents, dont un grave concernant un jeune de 15 ans ayant perdu une main.
"Ils pensent que parce qu'ils nous laissent nous exprimer sur une plateforme, sur internet, on va arrêter de bloquer, d'être en colère, sauf que la colère, elle est là depuis des années", témoigne Simon, du lycée Charlemagne de Paris, dans le 4e arrondissement.
Manque de moyens, de professeurs, délabrement des locaux, Parcoursup... "les problèmes sont clairs", estime Alma, également élève dans ce même lycée. "Quand on voit la chute de notre classement sur PISA, c'est un système d'éducation qui ne fonctionne pas".
Lundi matin, le nombre d'établissements perturbés - 413 - était en baisse au regard de la mobilisation de vendredi - 564 - selon le ministère de l'Education.
Les incidents sont globalement plus limités que ceux enregistrés en fin de semaine dernière. Le lycée parisien Nicolas Louis Vauquelin, dans le 13e arrondissement, a toutefois été touché par "un feu sur la porte d'entrée (...) par des individus extérieurs (qui) n'étaient pas des lycéens de l'établissement", selon le rectorat de Paris.
Surtout, la journée a été marquée par la blessure à Lens d'un jeune de 15 ans, qui a eu la main arrachée lors d'une manifestation, selon le préfet.
Cet événement survient alors que plusieurs syndicats et associations ont accusé le gouvernement de "réprimer" les mobilisations lycéennes avec une brutalité "disproportionnée", pour faire taire des revendications "légitimes". Six enquêtes de la police des polices sont désormais en cours.
Lors d'une conférence de presse, la Ligue des Droits de l'Homme a dénoncé "une dérive globale par rapport à l'État de droit".
"On veut le bac, pas la BAC", ou encore "On envoie des SOS, on reçoit des CRS", pouvait-on lire lundi à l'entrée du groupe scolaire Saint-Joseph-de-la-Madeleine à Marseille.
Concernant les violences, "c'est pas vraiment les lycéens, c'est plutôt les gens en dehors qui viennent casser et du coup décrédibiliser le mouvement", estime une lycéenne de Bordeaux de 17 ans, qui a souhaité rester anonyme.
Acte III mardi
Blocage du lycée Turgot à Paris le 5 octobre 2026 ( AFP / LOU BENOIST )
L'Union syndicale lycéenne a promis un "acte III" mardi, redouté par Matignon, qui estime que le mouvement a basculé vers des "violences urbaines".
Une intersyndicale de l'Éducation nationale a appelé à soutenir cet "acte III". "Les militantes et militants de la CGT seront là pour protéger les lycéennes et lycéens", a affirmé sa responsable Sophie Binet sur TF1.
Sur Sud-Radio, le ministre de l'Enseignement supérieur Philippe Baptiste a confirmé qu'il "craignait" un embrasement au niveau national du mouvement lycéen et étudiant.
Sur les réseaux sociaux ont par ailleurs fleuri des appels à une "semaine noire". "Les lycéens ne vont rien lâcher, les étudiants encore plus (...) ça va vraiment être une semaine noire : blocus, blocus, blocus, blocus", a assuré dimanche à Saint-Denis une étudiante mobilisée, Leila Nehari.
Parti mi-septembre de la région parisienne, le mouvement s'est étendu la semaine dernière, marquée par une multiplication d'incidents et d'affrontements avec les forces de l'ordre.
Depuis le début du mouvement, l'exécutif recense 5.000 interpellations, dont environ 85% de mineurs, 24 établissements "incendiés ou saccagés" et "78 personnels de l'Education nationale blessés", "généralement par des personnes extérieures" aux lycées concernés, selon le ministre de l'Education Edouard Geffray.
Des policiers près des portes du lycée Camille-Jullian de Bordeaux pour sécuriser l'arrivée des élèves, le 5 octobre 2026 ( AFP / Philippe LOPEZ )
La journée de mobilisation de mardi, "c'est une liberté qui se respecte et se protège", a-t-il souligné lundi, en déplacement dans un lycée des Yvelines. "Une grande partie du mouvement (...) dit en réalité, un désir d'école".
"Cinq chantiers"
Par la voix de son coordinateur Manuel Bompard, La France insoumise, pointée du doigt par le gouvernement, a affirmé dimanche "déplorer" les violences, mais regretté que l'exécutif "résume" le mouvement à ces débordements.
La porte-parole du gouvernement Maud Brégeon a annoncé que le projet de loi "casseurs-payeurs" serait examiné en première lecture au Sénat le 27 octobre, un texte qui vise à faire payer les dégâts à toute personne appartenant à un groupement ayant commis des dégradations, même si elle n'en est pas l'auteur.
Des lycéens tiennent une pancarte portant l'inscription "Liberté, Égalité, Scolarité" aux couleurs du drapeau français, lors d'un rassemblement organisé à Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, le 4 octobre 2026 ( AFP / Kenzo TRIBOUILLARD )
Dans une feuille de route adressée dimanche soir à ses ministres, le Premier ministre Sébastien Lecornu demande que les cours reprennent "partout" où c'est possible, fixant un calendrier pour répondre en partie aux revendications. Il confie à ses ministres cinq chantiers, issus des sujets remontés par les conseils académiques de la vie lycéenne, avec "de premières décisions attendues avant la fin du mois".

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